LIVRET-SPECIAL-2024
LIVRET SPÉCIAL 2024

Depuis juin 2023, le PLIE a lancé le dispositif «Aller-vers» pour aller à la rencontre des personnes les plus éloignées de l’emploi, souvent qualifiées
d’« invisibles », qui ne sollicitent plus les services classiques.
Trois médiateurs emploi interviennent sur le territoire d’Est Ensemble à travers des maraudes dans les quartiers, une présence lors d’événements locaux, ainsi que des permanences dans les trois Maisons de l’Emploi.
Ils se rendent aussi dans des lieux de vie comme les centres sociaux, épiceries solidaires, foyers ou marchés, afin d’instaurer un lien de confiance, poser un diagnostic socioprofessionnel et orienter chaque personne vers l’accompagnement adapté, au sein du PLIE ou d’autres structures du territoire.

Depuis plus de 10 ans, les missions et périmètres d’action d’Ensemble Pour l’Emploi ont évolué pour s’adapter aux dynamiques territoriales et aux politiques publiques d’insertion. L’offre d’accompagnement des publics éloignés de l’emploi s’est progressivement spécialisée : CEJ pour les jeunes, ALI pour les allocataires du RSA, accompagnement renforcé par France Travail, etc. Ces évolutions ont entraîné une diminution des prescriptions vers le PLIE, alors même que nous constations une baisse des démarches spontanées des habitant·e·s. Pourtant, les besoins persistent. En 2023, face à ce constat, trois postes de médiateurs et médiatrices emploi ont été créés pour aller à la rencontre de ces publics « invisibles ».
Leurs missions :
- Aller à la rencontre des habitant·e·s du territoire (maraudes, événements, rencontres partenariales…)
- Être un relais de proximité identifié et de confiance via des permanences locales
- Diagnostiquer les besoins en insertion professionnelle
- Orienter vers les bons interlocuteurs : emploi, formation, accompagnement social, etc.
Un an et demi après son lancement, cette action qui se voulait expérimentale se révèle être une évidence. Les résultats témoignent d’une forte demande des habitant·e·s, et d’un modèle souple capable de s’adapter aux réalités locales. Les médiateurs et médiatrices jouent aujourd’hui un rôle clé dans la détection des publics invisibles et leur orientation vers les dispositifs adaptés.

Depuis juin 2023, trois médiateurs et médiatrices couvrent les neuf villes d’Est Ensemble :
- Alex à Bagnolet et Montreuil
- Séverine (au démarrage) puis Léo à Pantin, Les Lilas, Le Pré Saint- Gervais et Bobigny
- Joséphine puis Wessal à Bondy, Romainville et Noisy-le-Sec
Cette répartition territoriale s’aligne sur le découpage en Unités Territoriales d’Est Ensemble, en cohérence avec les acteurs et les dynamiques locales. Sur chaque territoire, les médiateur·rice·s alternent entre :
- Actions de sensibilisation spontanées auprès des habitant·e·s et partenaires
- Participation aux événements locaux
- Permanences régulières dans des lieux stratégiques : Maisons de l’emploi, centres sociaux, foyers de
travailleurs, associations…
L’ancrage territorial n’a pas été immédiat. Il a nécessité un travail de diagnostic, d’analyse des besoins, et de consolidation des partenariats. Chaque ville ayant ses spécificités, l’action a dû être réajustée : certaines collectivités accueillent volontiers les médiateurs, d’autres sont plus réservées.
Leur mot d’ordre : trouver une solution pour chaque personne rencontrée. Pour cela, les médiateur·rice·s assurent une veille constante sur les offres de formation, d’emploi et d’accompagnement, à l’échelle du territoire, voire de l’Île-de-France. Leur champ d’action ne se limite pas à l’insertion professionnelle :
accès aux droits, mobilité, garde d’enfants, logement, fracture numérique… autant de freins qu’ils contribuent à lever en les orientant vers les acteurs dédiés.




Près de 60 % des personnes accueillies sont des femmes, particulièrement engagées dans leur parcours. Il est donc essentiel de proposer des actions adaptées à leurs besoins : emploi, parentalité, insertion.
Nous constations que plus de 80% des personnes accueillies ont entre 26 et 59 ans, constituant un public actif et largement mobilisé. A l’inverse, les jeunes de moins de 26 ans, plus volatils, sont moins mobilisables. Les seniors de plus de 60 ans montrent également un intérêt croissant, témoignant d’une demande notable de leur part.


Nous avons accueilli davantage de personnes à Noisy-le-Sec, grâce à nos deux lieux d’accueil de proximité (la Maison de l’emploi et la Petite ruche) qui facilitent l’accès aux Noiséens, et à Bondy, où la permanence France Services attire un large public. En revanche, le faible taux de Lilasiens s’explique en partie par l’absence de lieu dédié sur place, rendant les déplacements vers la MDE de Pantin moins fréquents.
Plus de 250 structures associatives et institutionnelles ont été recensées sur le territoire d’Est-Ensemble, dont 145 ont été contactées et rencontrées.

Ce bilan témoigne d’un fort ancrage local, avec une mobilisation accrue à Noisy-le-Sec, Montreuil et Pantin. Les nombreuses rencontres avec les structures du territoire et les 47 maraudes renforcent l’accès aux droits et la proximité avec les publics les plus éloignés.
47 maraudes ont été menées sur le territoire pour aller à la rencontre des publics précaires, renforçant ainsi la proximité et l’accès aux services.



L’action « Aller-vers » était, à bien des égards, une démarche expérimentale. En premier lieu, parce qu’il existe peu, voire pas, de ressources, de formations ou d’expériences préexistantes dans ce domaine. Les médiateur·rice·s recruté·e·s pour cette mission l’ont été avant tout pour leur posture, leur motivation, et leur appétence pour la dimension « terrain ». Ils ont dû construire intégralement leur mission.
Leur travail a commencé par un diagnostic approfondi du territoire, parfois complété par une cartographie, la constitution d’une base de données partenaires, puis la mise en place de premières rencontres, avant d’envisager des permanences pour s’ancrer localement. Parallèlement, chaussé·e·s de bonnes baskets, ils ont arpenté le territoire d’Est Ensemble, d’abord seul·e·s, puis idéalement à deux pour plus d’efficacité et de convivialité.
Spontanément, « Aller-vers » signifiait aller aborder les passants, les habitant·e·s, dans une démarche très proactive. Cependant, cette approche spontanée s’est souvent révélée inefficace, perçue comme trop commerciale, voire intrusive. Nous avons rapidement compris que pour sensibiliser efficacement, il fallait être visible, rassurant, et proposer des actions concrètes : une rencontre, un forum, un atelier. Ainsi, les maraudes se sont fréquemment transformées en rencontres avec les partenaires locaux (collectivités, associations…) pour mieux les connaître et être identifiés. Lorsqu’ils disposent d’outils de communication, les médiateur·rice·s sollicitent également les commerçants pour diffuser leurs supports et accroître leur visibilité.
La rencontre spontanée des habitant·e·s se fait principalement lors des événements locaux, où ils tiennent un stand ou circulent parmi les participants. Face à la baisse d’activités en hiver, une initiative est née : la mise en place d’ateliers « Flash CV» dans plusieurs médiathèques d’Est Ensemble depuis l’automne 2024.

« Depuis son ouverture, l’antenne solidaire du CCAS de Noisy-le-sec (La Petite Ruche) a placé l’insertion psycho sociale des bénéficiaires au coeur de ses orientations stratégiques. La présence et l’expertise de Joséphine Placenti, médiatrice emploi d’Ensemble pour l’Emploi, nous permettent de proposer un parcours cohérent à chaque usager : depuis l’accès à l’épicerie sociale jusqu’à la réalisation d’un diagnostic Emploi / Formation et la mise en oeuvre d’un accompagnement renforcé spécifique aux personnes très éloignées de l’emploi. Cette présence est complémentaire de celle de Gaëlle Rabolion, Conseillère emploi et référente RSA de l’agence France Travail de Noisy-le-Sec et de notre proximité avec l’Agence Localed’Insertion de Noisy-le-sec / Romainville.»
Hélène Clémente, Coordinatrice de La Petite Ruche, Noisy-le-Sec
« La collaboration avec Léo au sein de l’ASIF en 2024 a été particulièrement précieuse. Son engagement a grandement contribué à préparer efficacement nos bénéficiaires à l’accès à l’emploi. Cette collaboration a permis de mettre en œuvre des solutions nouvelles et adaptées aux besoins spécifiques de nos bénéficiaires, tout en renforçant la qualité et l’impact de nos actions sur le terrain ».
Association ASIF, Bobigny
Dans le cadre de leurs missions, les médiateur·rice·s sont régulièrement confronté·e·s à des publics aux besoins spécifiques, voire inéligibles aux dispositifs classiques d’accompagnement. Les personnes qui sollicitent les médiateur·rice·s rencontrent souvent des difficultés variées : usage numérique, accès au logement, garde d’enfant, santé, etc. Elles sont souvent isolées et désemparées face aux démarches nécessaires, et à l’occasion de leur échange ils s’épanchent auprès des médiateur·rice·s de ces problématiques, sans qu’ils puissent malheureusement répondre pleinement à leurs attentes. Les médiateur·rice·s orientent autant que possible vers les ressources disponibles et bien souvent auprès des actions de la programmation du PLIE, telle que référence sociale ou encore les actions numériques.
Par ailleurs, une réalité difficile se présente : la prise en charge des publics inéligibles aux dispositifs d’accompagnement vers l’emploi et la formation. Dans leur démarche d’aller-vers, les médiateur·rice·s rencontrent des personnes sans-papiers, souvent précaires, auxquelles très peu de solutions peuvent être proposées. Ces individus ne sont pas nécessairement des nouveaux arrivants, mais parfois des résident·e·s de longue date sur le territoire, vivant dans des situations d’exclusion sévère et avec des besoins de survie immédiats.
Cette réalité est une source de frustration, car il est difficile d’apporter des solutions satisfaisantes. Elle impose aux médiateur·rice·s de déployer une veille attentive et de mobiliser une énergie considérable pour tenter d’offrir des réponses adaptées, même partielles, à ces besoins spécifiques.